Et si on parlait du climat ?

Et si on parlait du climat ?

Rudi Cloots, 3e effectif sur la liste cdH au Fédéral est, à la ville, professeur de chimie à l’ULg,  et même Vice-recteur de cette université. Sensibilisé par la question du réchauffement climatique, il nous éclaire de son regard de scientifique sur les grandes causes de ces bouleversements mais aussi les pistes de solutions face à cet enjeu fondamental pour notre avenir !

Nombreux sont ceux aujourd’hui qui s’inquiètent, à juste titre, du réchauffement climatique, c’est-à-dire du phénomène de transformation du climat planétaire caractérisé par une augmentation de sa température moyenne calculée sur des périodes décennales. L’augmentation de la température moyenne de la planète entraine inévitablement des conséquences importantes sur de nombreux phénomènes météorologiques mais également sur tous ses écosystèmes naturels et humanisés.

On a pu établir un graphique de l’évolution de la température moyenne annuelle planétaire depuis 1850 (Source : données du Climatic Research Unit, University of East Anglia.). Il est évident que cette température moyenne annuelle a connu une tendance à l’augmentation de près de 1°C en 150 ans. On remarquera toutefois aisément sur ce graphique deux périodes d’augmentation significative de la température de la planète: la première entre 1910 et 1945 et la seconde entre 1980 et 2010.

En guise d’exemple régional, l’augmentation de la température moyenne de la planète se marque également au travers de l’évolution de la date des vendanges en France. Le recul de la date des vendanges y a été généralisé entre 1985 et 2010 (Source: Observatoire National de la Biodiversité).

L’ augmentation irrégulière des températures depuis 1850 est donc bien mise en évidence. Ses causes sont multiples. Nombreux sont ceux qui considèrent que la cause principale est l’augmentation de la concentration en gaz à effet de serre dans l’atmosphère, à savoir précisément la vapeur d’eau et le dioxyde de carbone pour ne citer que les deux principaux. La révolution Industrielle y est sans doute pour quelque chose. On parle très souvent de réchauffement climatique d’origine anthropique. L’utilisation massive des combustibles fossiles, la déforestation, l’élevage intensif, la démographie galopante, pour ne prendre que quelques exemples très parlants d’action de l’homme sur le climat, sont venus amplifier le problème. Les émissions annuelles d’oxyde de carbone sont « monitorées » en permanence (Source: Global Carbon Project). On y remarquera une augmentation de l’angle de la pente de la courbe de plus en plus forte. Elle est surtout amplifiée depuis 1950. Ce qui ne cadre pas tout à fait avec l’augmentation des températures relevées depuis 1850. D’autres effets jouent donc un rôle significatif. Par exemple, on néglige souvent de considérer les interactions Terre-Soleil et les moments, intensités et localisations des explosions gazeuses des volcans. Le phénomène est complexe!

Cela étant, nous allons poursuivre l’analyse en focalisant notre attention sur l’impact que peuvent avoir les gaz à effet de serre sur le réchauffement climatique.

Pour bien comprendre cet impact, il faut décortiquer le principe de l’effet de serre et se rappeler que ce sont les rayonnements (proches IR et UV) en provenance du Soleil et le rayonnement IR terrestre qui réchauffent l’atmosphère terrestre. Le rayonnement IR est émis par la Terre (continents et océans) après avoir absorbé le proche IR et les UV en provenance du Soleil. Elle ne les ré-emet que dans l’infrarouge. Ces IR sont alors absorbés par les différents gaz à effet de serre contenus dans l’atmosphère, et ils sont finalement ré-émis vers la Terre, avec des « rendements » de ré-émission qui dépendent à la fois de la concentration, de l’épaisseur de la couche et de la nature du gaz (en fonction de leurs fréquences d’absorption dans l’infrarouge). C’est pour cela qu’une augmentation, même très faible, de la concentration d’un gaz à effet de serre dans l’atmosphère peut avoir des conséquences importantes sur le réchauffement climatique. L’effet de serre est bien entendu indispensable à notre survie (sans effet de serre, la température moyenne de l’air au niveau de la mer serait de -18°C à la place de 14-15 °C !). Ce qui perturbe cet « équilibre » fragile aujourd’hui, c’est donc l’« effet de serre » additionnel attribué aux variations importantes de concentration en gaz à effet de serre dans l’atmosphère depuis 1850, et donc pour la plupart d’origine anthropique.

A cela, vient s’ajouter le fait que la démographie ne cesse d’augmenter! La démographie mondiale constitue évidemment un facteur aggravant de la problématique du réchauffement climatique. Chaque jour, le monde compte actuellement environ 225.000 personnes en plus, ce qui fait grosso-modo 30.000.000 êtres humains en plus sur la Terre depuis le mois de janvier 2019! Cet impact sur la biodiversité, l’environnement et en conséquence sur le climat, est très important.

Des climatologues (au sein du GIEC notamment) modélisent l’impact des concentrations en dioxyde de carbone et de bien d’autres facteurs sur le réchauffement climatique. Ces modélisations prédisent des scénarios catastrophes à l’échéance 2050! Ces modèles ne font pas l’unanimité, ne prennent pas en compte tous les changements sociétaux qui s’opèrent ou qui pourraient s’opérer (par exemple, le nombre de végétariens qui ne cesse d’augmenter, les mesures contraignantes que prendraient les états en matière de natalité, l’urbanisation des campagnes qui ne devrait plus augmenter) et bien entendu les pertes accélérées de biodiversité. Il n’en reste pas moins que l’impact sur la planète sera malgré tout significatif si on ne prend pas des mesures fortes en défaveur des pressions exercées sur les climats. N’oublions pas – cerise sur le gâteau – qu’il ne pleut pas plus sur la Terre qu’il y a 60 ans et que les consommations en eaux douces ont terriblement augmenté.

Les experts des Nations Unies s’accordent donc sur la nécessité de rapidement (les effets ne se mesurent que quelques années après les causes !) atteindre le concept de « neutralité carbone », à savoir : « ne pas émettre globalement plus de gaz à effet de serre que ce que la Terre et les innovations techniques sont capables d’absorber »

On parle aussi de « Technologies à Emissions Négatives ». On y retrouve ce que l’on appelle communément les « puits de carbone » (les forêts, les sols, les océans essentiellement) qu’il nous faut préserver, voir développer! A priori ce sont de bons réservoirs de carbone pour autant qu’ils ne contribuent pas à diminuer l’albedo (le pouvoir réfléchissant des surfaces) ce qui aurait un impact inattendu sur le réchauffement climatique. La prudence reste donc de mise, mais des pistes existent, et qui contribueront par ailleurs à freiner la perte de biodiversité, comme par exemple la préservation et le développement des mangroves. On parle aussi de « minéraliser » les océans (augmenter leur capacité à absorber le gaz carbonique), de les « fertiliser » aussi (c’est-à-dire développer le phytoplancton).

Les sources d’énergie renouvelable (bannir autant que faire se peut les combustibles fossiles) constituent également un remède de choix pour enrayer les émissions de CO2. Prenons par exemple la biomasse, dont l’empreinte « carbone » est proche de zéro puisqu’elle produit autant de CO2 que les matières organiques originelles qui la produisent n’en consomment! C’est l’exemple type du concept de la « neutralité carbone ». La chimie peut aider elle aussi! On produit aujourd’hui du carburant par réaction entre le CO2 et de l’hydrogène issu de la photo-électrolyse de l’eau.

Un groupe d’experts qui modélise c’est bien, un groupe d’experts qui planche sur des solutions en étudiant tous les impacts possibles, selon moi, c’est mieux! L’approche est pluridisciplinaire! Et elle concerne toutes les composantes de la société. Les premières mesures, rapides, devraient résulter d’un changement de comportement personnel des citoyens de ce monde. Des initiatives voient le jour comme faciliter l’utilisation des transports en commun, limiter l’urbanisation, interdire l’artificialisation des sols autour des habitats, encourager les sports de plein air, fermer les villes aux voitures,… en attendant mieux! Le Fonds National de la Recherche Scientifique (FNRS) a lancé un appel aux fonds de recherche pour financer des études sur la problématique du réchauffement climatique. Plus globalement, la Belgique pourrait donc s’illustrer en créant « le premier » (à vérifier) Centre d’Etudes contre le Réchauffement Climatique (en abrégé CERCLE). A méditer donc!

PS: cet article a été rédigé en collaboration avec le Professeur Michel ERPICUM, climatologue.

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