Pacte d’excellence, CEB, décret inscription, refinancement,…

Pacte d’excellence, CEB, décret inscription, refinancement,…

Comédien, scientifique, candidat humaniste, Rudi Cloots est aussi professeur ! Face à la question complexe de l’enseignement, au Pacte d’excellence, au financement du secteur, au CEB ou encore au décret inscription, il expose la situation avec pédagogie et se positionne. La richesse de son expérience et la spontanéité de sa plume font le reste…

Le pacte d’excellence, le CEB, le tronc commun, le décret inscription, le refinancement de l’enseignement (supérieur ?),…

La législature qui s’achève aura été marquée par le vote au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles du Pacte d’Excellence, et avec le Pacte d’Excellence c’est le vote du très discuté « Tronc Commun » qui a fait débat ces dernières semaines.
Accueilli par certains comme un moyen efficace d’intellectualisation de toute la population scolaire, considéré par d’autres comme une entrave aux libertés individuelles, le « Tronc Commun » ne fait donc pas l’unanimité.

Le « Tronc Commun », c’est brasser de nombreuses disciplines tant en savoir, que savoir-faire et que mise en pratique, sur base de référentiels clairs et précis, et dans un cadre d’accompagnement renforcé des élèves en situation de décrochage. Les jeunes aujourd’hui ont des difficultés avec la langue française, les experts s’accordent à dire qu’il faut davantage pratiquer (jusqu’à l’expression orale que l’on retrouvera dans des cours d’arts et d’expression – pour l’homme de scène que je suis j’applaudis !) et pouvoir raccrocher le vocabulaire à ses racines étymologiques grâce au latin. Les mathématiques seront enrichies d’aspects pratiques en lien avec le développement du numérique.  Autant d’exemples qui pour moi vont dans la bonne direction quand on voit les déficits enregistrés par certains pendant la durée du parcours « secondaire » au moment de faire des études supérieures. Il faut dès lors pouvoir davantage différencier les apprentissages, au travers d’un accompagnement personnalisé. On se rapproche progressivement de ce qui se fait en Finlande, considérée par beaucoup comme un des meilleurs systèmes éducatifs au monde. On y pratique l’école obligatoire au sein d’une seule et même école pour toute la scolarité, de 7 à 17 ans, on y pratique la pédagogie du concept « apprendre à apprendre » (en d’autres termes, c’est l’élève qui découvre et non l’enseignant qui raconte), on ne lésine pas avec les moyens d’encadrement des élèves durant leur parcours scolaire. On notera aussi qu’en Finlande, l’école est entièrement gratuite (excepté le cartable !). C’est vrai que notre enseignement a connu beaucoup de réformes ces 20 dernières années, c’est vrai aussi que les résultats sont parfois décevants. Personnellement je ne sais pas si le Pacte d’Excellence solutionnera les écueils de notre système éducatif actuel, ce que je pense c’est qu’il offre une redéfinition des fondements d’un enseignement qui va de pair avec une école de la réussite, et qui cadre avec les meilleurs modèles européens rapportés dans la littérature! Bien entendu, ce nouveau « code » appelle à des investissements importants que les pouvoirs publics devront consentir ! Un énième refinancement de notre enseignement est donc « obligatoire » !

Je ne peux pas m’empêcher ici d’ouvrir une petite parenthèse à propos du refinancement de notre enseignement. Alors que le Maternel et le Primaire ont enregistré de 1997 à 2016 une croissance réelle des dépenses par élève respectivement de 30% et de 22%, le Secondaire enregistrait, « seulement » pourrait-on dire, une augmentation des dépenses de l’ordre de 3% sur la même période. Plus grave encore, les dépenses par étudiant dans le Supérieur non-universitaire et dans les Universités accusent une baisse de 10% et de 22% respectivement. Un sous-financement chronique, sans doute occasionné en grande partie par ce que l’on a appelé la « massification » de notre enseignement supérieur*.  Compte tenu des ambitions du Pacte d’Excellence, mais aussi de la réforme de la Formation Initiale des Enseignants (pour ne prendre que cet exemple,) et du sous-financement chronique enregistré dans le supérieur depuis plus de 20 ans, les moyens à réserver pour un enseignement « tourné » vers l’école de la réussite seront considérables! S’il n’y a pas une vraie volonté politique, au détriment sans doute d’autres secteurs (et personne n’est vraiment bien loti), nous n’y arriverons pas! Il faudra donc innover !

Si l’avenir m’oblige à y réfléchir de manière concrète (soyons personnellement ambitieux) dans les prochains mois, j’orienterai mes choix notamment vers un système participatif du privé offrant ainsi de nouvelles opportunités de financement, au travers d’un mécanisme de déduction fiscale pour les investisseurs, tout en garantissant la liberté académique de notre enseignement (c’est déjà ce qui se fait en grande partie en matière de recherche orientée au travers des financements de la Région Wallonne). Après tout, nos étudiants diplômés du supérieur constitueront à coup sûr la main d’oeuvre de demain de nos entreprises spécialisées. Je reviens d’une évaluation d’une Ecole Nationale française (L’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Lille), et on y pratique « la taxe d’apprentissage » supportée par les partenaires industriels et qui contribue au financement de la formation des futurs professionnels du secteur! C’est loin d’être négligeable ! Et c’est donc tout à fait réalisable ! Un débat doit pouvoir s’ouvrir !

* La massification de notre enseignement supérieur n’a pas de connotation péjorative dans mon propos – je conçois et je souhaite même que n’importe quel étudiant diplômé du secondaire puisse accéder à des études supérieures. J’ai toujours considéré (et c’est ce que je fais dans mon apprentissage de la Chimie aux premiers bacheliers en sciences et en pharmacie à l’Université de Liège) que le premier quadrimestre de la première année doit se concevoir comme une remise à niveau accessible à tous les étudiants diplômés du secondaire. L’épreuve certificative de janvier doit permettre à l’étudiant de se ré-orienter, et le cas échéant, voir d’envisager un autre parcours formatif en dehors de l’établissement qu’il a au départ choisi. Si tel devait être le cas, on doit même pouvoir « rembourser » la moitié de son minerval à l’étudiant qui se trouve dans cette situation particulière d’échec.On évitera ainsi un gaspillage des ressources au profit d’étudiants qui de toute façon ne réussiront pas leur parcours qu’ils ont initialement choisi (et je parle d’expérience). Il sera dès lors possible d’encadrer davantage ceux et celles qui éprouvent quelques difficultés mais dont le profil reste compatible avec une réussite au terme de leur année d’enseignement ! Responsabilisons nos jeunes et leur famille à faire les choix qui s’imposent pour que chacun in fine puisse y trouver son compte !

Et le CEB ?

Personnellement je n’ai pas d’avis tranché sur la question du CEB ! Et pourtant c’est des haches (cdH) qu’il faut pour trancher (un peu d’humour ne gâche rien)! Je ne connais pas suffisamment les pratiques dans les autres pays européens pour me positionner très clairement.

Ce que je constate néanmoins depuis quelques années maintenant, c’est le taux d’échec qui ne cesse de croître à l’Université en premier bac. A quoi l’attribuer ? Sans doute à un manque de maîtrise de certains concepts scientifiques pourtant abordés dans les études secondaires mais peu (ou pas du tout) compris et surtout assimilés. A ce manque de maîtrise des matières disciplinaires (c’est surtout vrai pour la chimie et la physique), vient s’ajouter (et c’est vrai pour n’importe quel étudiant, quelle que soit l’orientation qu’il choisira) des faiblesses manifestes en français et en mathématiques (on vient d’en parler).

Depuis quelques années, nous ne cessons de mettre en place dans les établissements d’enseignement supérieur des pratiques remédiatrices qui n’apportent finalement que très peu de résultat satisfaisant! Les taux d’échec, comparativement à ce que moi j’ai connu lorsque j’étais étudiant, restent très élevés. Bien sur qu’il y a des abandons ((i) la massification de notre enseignement supérieur y est pour quelque-chose, on vient aussi d’en parler / (ii) personne ou très peu ne veut entendre parler d’examen d’entrée à l’Université – c’est anti-social! (je propose une solution alternative – voir ci-dessus)), mais ce qui est plus inquiétant, c’est que pour beaucoup de ceux et celles qui vont jusqu’au bout, les résultats obtenus en fin de session sont très souvent catastrophiques.

La faute à qui ?

Personnellement je n’ai pas d’avis tranché sur la question du CEB ! Et pourtant c’est des haches (cdH) qu’il faut pour trancher (un peu d’humour ne gâche rien)! Je ne connais pas suffisamment les pratiques dans les autres pays européens pour me positionner très clairement.

Ce que je constate néanmoins depuis quelques années maintenant, c’est le taux d’échec qui ne cesse de croître à l’Université en premier bac. A quoi l’attribuer ? Sans doute à un manque de maîtrise de certains concepts scientifiques pourtant abordés dans les études secondaires mais peu (ou pas du tout) compris et surtout assimilés. A ce manque de maîtrise des matières disciplinaires (c’est surtout vrai pour la chimie et la physique), vient s’ajouter (et c’est vrai pour n’importe quel étudiant, quelle que soit l’orientation qu’il choisira) des faiblesses manifestes en français et en mathématiques (on vient d’en parler).

Depuis quelques années, nous ne cessons de mettre en place dans les établissements d’enseignement supérieur des pratiques remédiatrices qui n’apportent finalement que très peu de résultat satisfaisant! Les taux d’échec, comparativement à ce que moi j’ai connu lorsque j’étais étudiant, restent très élevés. Bien sur qu’il y a des abandons ((i) la massification de notre enseignement supérieur y est pour quelque-chose, on vient aussi d’en parler / (ii) personne ou très peu ne veut entendre parler d’examen d’entrée à l’Université – c’est anti-social! (je propose une solution alternative – voir ci-dessus)), mais ce qui est plus inquiétant, c’est que pour beaucoup de ceux et celles qui vont jusqu’au bout, les résultats obtenus en fin de session sont très souvent catastrophiques.

les étudiants ne sont plus les mêmes qu'il y a 20 ans - ils ont changé (j'ai un fils de 17 ans - je peux témoigner) - nos pratiques d'enseignement doivent donc changer (ils n'assimilent plus de la même manière - ils n’évoluent pas sur le même rythme qu’était le nôtre) - mais c'est trop tard si on fait ça à l'Université! C'est bien plus tôt que nous devons être attentif à ces changements d’attitudes et de comportements de nos futurs étudiants ;

les programmes d'enseignement que je juge pour certains d'entre eux trop ambitieux en secondaire ;

la pratique d'un travail personnel "à la maison" de plus en plus délaissé au bénéfice d'autres pratiques d'apprentissages qui me paraissent trop "légères" (c'est mon point de vue) et pas assez contraignantes ! On veut donner de l'équité dans les pratiques d'enseignement et limiter autant que faire se peut l'intervention du milieu familial dans l'accompagnement éducatif des enfants. C'est très louable et j'applaudis ! Et pourtant, malgré de nombreux efforts consentis, l'école n'arrive pas (et n'arrivera pas) à gommer les disparités sociales des familles. C'est un constat et on doit vivre avec !

Alors CEB contraignant ou pas contraignant ? Remédiation dans le tronc commun (pour autant qu’elle soit effective), pourquoi pas ! N’oublions pas que, grosso modo, 90% des enfants réussissent leur CEB chaque année (avec parfois des pics liés essentiellement à la difficulté intrinsèque de l’épreuve qu’à un nivellement du niveau intellectuel des élèves). Le CEB n’est donc pas ou très peu contraignant, et ce n’est pas parce que on a réussi son CEB qu’on est prêt à affronter les exigences de l’enseignement secondaire et la diversité de ses pratiques, et de surcroit l’enseignement supérieur et universitaire.

Le débat pour moi est loin d’être clos ! Le pacte d’excellence se doit donc de répondre à toutes ces problématiques d’enseignement ! Tout est dans tout ! Inutile donc d’épingler un sujet en particulier sous peine d’en négliger les impacts à plus long terme !

Et le décret inscription ?

S’il y a bien un sujet qui (me) fâche, c’est celui du « décret inscription » ! Bien sûr qu’il n’est pas parfait, bien sûr que ce n’est pas supportable de voir des familles dans le doute et dans l’incertitude à la veille de la rentrée scolaire. Le problème vient d’abord du manque de place et de capacité d’encadrement des établissements en général ! Le décret repose essentiellement sur une logique administrative qui fait en sorte, malgré tout ce qu’on peut en dire, que globalement l’élève accède à l’établissement de son choix (c’est moins vrai à Bruxelles où un niveau de saturation est trop vite atteint dans beaucoup d’établissements). On doit néanmoins rester prudent pour éviter des dérives (le choix d’école posé est parfois plus stratégique que basé sur une logique pédagogique – la mixité est aussi un facteur discriminant pour certains établissements). Alors faute de mieux, et dans l’attente du refinancement déjà discuté plus haut, seule condition à sa suppression, faisons avec !

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